Pharmaceutique

Toutes les statistiques disponibles démontrent la présence de la contrefaçon de médicaments. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 1% des médicaments disponibles dans les pays développés sont susceptibles d’être frauduleux. Dans les pays en voie de développement et dans certaines régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ce chiffre peut monter à 10% (30% sur les produits pharmaceutiques). Si on estime également que dans le commerce traditionnel 1 médicament sur 10 est une contrefaçon, sur internet il y aurait 1 médicament sur 2, d’après l’OMS. Le laboratoire Pfizer va plus loin en estimant que le pourcentage de contrefaçon serait plutôt de l’ordre de 50% à 90%.

Médicament

Composition dangeureuse

Les risques sont élevés dans pour tous les cas de figure. Soit le médicament ne contient aucune substance active, soit il est mal dosé ou soit les substances sont hautement toxiques. Pour le malade, l’usage de ce type de médicaments peut avoir des conséquences désastreuses. Pour preuve, de faux sirops contre la toux ont été fabriqués à base de… solvant, tuant au passage 200 enfants en Afrique. Dans le même temps, d’autres produits contrefaits sont sous dosés en principes actifs, ou pire encore n’en auraient pas, comme ce fut en le cas en 1995, au Niger, où de faux vaccins contre la méningite ont été distribués, laissant mourir 2500 personnes.

Présence internationale

Bien que les médicaments contrefaits se trouvent principalement dans les pays en voie de développement, les pays développés n’y échappent pas. Ce phénomène n’est pas nouveau. Déjà en 2007, 40% des médicaments contrefaits se trouvaient en zone dite « développée ».

Ce marché a doublé entre 2005 et 2010, pour atteindre aujourd’hui la somme de… 75 milliards de dollars dans le monde. Quand, dans le même temps, l’industrie du médicament, la vraie, ne progressait « que » de 35 %. Ces chiffres sont issus d’un rapport très complet de l’Institut de recherche anti contrefaçon de médicaments (Iracm), dont L’Express dévoile en exclusivité plusieurs extraits. Cette enquête démontre aussi le caractère incroyablement hétéroclite d’une nouvelle forme de délinquance en col blanc « dont les motivations sont avant tout économiques, et non politiques », rappelle l’auteur du rapport, Eric Przyswa, chercheur associé au Centre de recherche sur les risques et les crises de Mines ParisTech. France: trafic sur Internet.

Les officines françaises restent une zone protégée

Grâce à la qualité de son système de santé, à la solidité de la réglementation régissant les activités pharmaceutiques comme remboursement des médicaments de prescription, les pharmacies sont moins concernées par la contrefaçon. Des menaces se font à jour néanmoins, notamment autour des « achats sur Internet de faux produits de confort, de pilules amaigrissantes, de compléments alimentaires, de produits dopants ou encore des anabolisants recherchés par les adeptes du culturisme ».

On peut ainsi noter que, entre 2001 et 2008, une quarantaine de cas de problèmes de pharmacovigilance liés à la prise de médicaments achetés sur Internet ont été déclarés à l’ANSM [Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé]. Sur 38 cas recensés, 11 concernaient des achats de produits amaigrissants, 3 des anabolisants stéroïdiens, 8 des produits stimulants ou défatigants, notamment à base d’hormones. […]

Des réseaux organisés

Dans une enquête, le SNDJ [Service national de douane judiciaire] a établi l’implication d’un couple qui, de 2006 à 2008, dirigeait un réseau familial pour approvisionner sa boutique parisienne et plusieurs pharmacies illégales. « Il se servait également de prête-noms pour masquer les importations illicites et les transferts financiers entre la France et la Chine. Le couple et des complices ont été interpellés en mai 2008. 7 600 boîtes représentant plus de 400 références ont été saisies dans leur boutique parisienne. Ces médicaments ne pouvaient être vendus que par des pharmaciens. Certains d’entre eux, traitant notamment les dysfonctionnements sexuels, constituaient des contrefaçons ou étaient interdits en raison de leur toxicité (risques d’hypertension ou d’insuffisance rénale).

Types de médicaments contrefaits

Médicaments les plus contrefaits sont ceux utilisés pour traiter le cancer, le VIH, la malaria, l’ostéoporose, le diabète, l’hypertension, l’hypercholestérolémie, les maladies cardiovasculaires, l’obésité, les maladies infectieuses, la maladie d’Alzheimer, la maladie de la prostate, le dysfonctionnement érectile, l’asthme et les infections fongiques, les antibiotiques, les produits antipsychotiques, les stéroïdes, les comprimés anti-inflammatoires, les analgésiques, les médicaments contre la toux, les hormones et les vitamines, les traitements pour les cheveux et la perte de poids.